Trois questions à … PAHÉ

Petit garçon de 8 ans, Dipoula a eu le malheur de naître albinos au Gabon, dans une ethnie où ils sont réputés pour attirer le mauvais œil. Abandonné à sa naissance, il atterrit dans un orphelinat tenu par des bonnes sœurs, où il va rencontrer ses amis qui vont l’aider à faire les quatre cent coups.

Dipoula, le premier héros albinos qui vous montrera une vision originale de la différence et de la difficulté à se faire une place dans le monde des adultes.

Pahé, le dessinateur de la série, nous présente cette série. Le « Petit Pahé », dont les aventures passent actuellement sur France 3 dans « Le Monde de Ludo », intervient dans Dipoula

 

Quelle a été la genèse de Dipoula ?

Ce personnage est né en 1985, alors que j’étais sur les bancs du lycée d’Etat de l’Estuaire à Libreville (au Gabon). Dans les premiers gags, j’évoquais les années lycées et les techniques d’antisèches d’un jeune adolescent. Plus tard, Pierre Paquet a remarqué que j’étais en proie à des moments de doute … à l’angoisse de la page blanche. Il m’a dit : « Est-ce que cela te dirait que je te branche avec un mec du Nord comme toi ? ». Je suis originaire de Bitam, un endroit situé dans le nord du Gabon. Et Sti est d’Armentières. Sti a débarqué avec Pakito au Gabon pendant une semaine. Il s’est imprégné de l’ambiance, du monde dans lequel vit Dipoula. J’ai aidé Sti et Louis-Bertrand Devaud, le coscénariste, pour l’écriture des histoires. Ils les pensaient dans un contexte européen, avec leurs idées et leur réalité d’européens. On les traduisait ensemble dans le contexte Gabonais. Certaines histoires ne tenaient parfois pas la route. Des situations étaient possibles à Armentières, mais pas à Bitam ! Par exemple, dans le deuxième album, Dipoula et sa bande vont dans un cinéma de quartier. Sti avait dessiné un cinéma ultra moderne, avec écran plasma et fauteuils en cuir, sur son story-board. J’ai rectifié le tir, et lui expliqué comment étaient nos petites salles de cinéma au Gabon !

Dipoula est albinos. Il vit dans une ethnie qui pense que sa différence attire le mauvais œil. Était-ce une manière de parler du racisme et de la différence ?
Nous avons été obligés d’inclure de l’humour dans cette série. Le problème des albinos est difficile dans certains pays, où ils sont encore aujourd’hui carrément tués. Dans mon pays, au Gabon, certaines ethnies n’acceptent pas d’avoir des albinos dans leur famille. Les mômes sont tués à la naissance. Lorsque l’histoire de Dipoula commence, nous avons employé un ton grave. Ses parents découvrent sa couleur de peau, et vont l’abandonner dans un orphelinat. L’atmosphère est plus pesante dans les premières pages. Mais le ton change par la suite, et on rigole beaucoup plus !

Cette série contient-elle des éléments autobiographiques ?
Dipoula est du Pahé ! Lorsque je suis allé pour la première fois en Europe, moi, le petit noir, je me sentais rejeté par mes potes à l’école. A l’époque, les blakos étaient peu nombreux dans les écoles. … En tout cas à Tours. A mon retour au Gabon, ce fut encore plus terrible de sentir que j’étais aussi rejeté par mes compatriotes quand j’étudiais à l’école publique Gabonaise. Pour eux, je n’étais plus un Gabonais, mais un petit blanc. Mon accent avait changé, et j’étais devenu différent d’eux. Les hyènes !

 

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